Qu'est-ce qui relie un tailleur de pierre à un grand magasin parisien? Ne cherchez pas trop loin: deux éléments clés de l'histoire de Samoëns et de ses traditions se retrouvent ici. La tradition des tailleurs de pierres, les frahans, dont la renommée était grande à l'époque de Vauban et des batisseurs de cathédrales, permis d'ailleurs à nombre d'entre eux d'éviter l'enrôlement à l'époque des guerres d'indépendance entre France et Savoie. Et les grands magasins parisiens dans tout cela? Il nous faut nous intéresser à une jeune septimontaine, Marie-Louise Jaÿ (prononcer "jaillit") qui monta à Paris travailler comme vendeuse dans une mercerie, et y rencontra son futur époux, monsieur Cognac. Ils se marièrent donc et créèrent ensemble le premier grand magasin de Paris, "La Samaritaine". Mais à côté de Marie-Louise et des Frahans, il faut parler des chapelles, des traditions rurales, et de la relative quiétude d'un bourg protégé des grands mouvements de l'histoire par sa position géographique particulière en fin de vallée.
![Le Village vu du Mont [Image : Le Village vu du Mont]](uploaded_img/village.jpg)
Un peu de géographie Samoëns est situé au fond de la vallée du Giffre, première grosse bourgade à s'installer en cet endroit ou la vallée s'ouvre, venant du "Bout du Monde" et du Cirque du Fer à Cheval, traverse la plaine humide des Vallons et permet enfin l'établissement d'une population significative. Proche du Massif du Mont Blanc, c'est cependant la chaîne des Fiz qui domine une dernier massif calcaire, avant le granit du sommet de l'Europe. Alors que le bout de la vallée est marqué par le cirque caractéristique du Fer à Cheval autour du pic de Tenneverges et du grand Mont Ruan, le village s'est lui assoupi au pied du Mont Criou (2023m), dont la forme caractéristique ne se laisse pas facilement oublier.
![Platés au dérochoir [Image : Platés au dérochoir]](uploaded_img/derochoir.jpg)
Gouffres et Platés Le massif des Fiz présentent quelques caractéristiques particulières, comme les deux gouffres les plus profonds d'Europe dont les accès sont d'une part sur le Criou et d'autre part sur la montagne de Folly (gouffre "Jean Bernard"). Une autre construction géologique particulière sont les "Platés", déserts de roches calcaires entrecoupés de crevasses profondes et particulièrement dangereuses pour le randonneur lorsqu'elles sont cachées sous la roche. On peut en voir de remarquables exemples au "Désert de Platé", que l'on peut traverser en été à partir de Flaine (les Grandes Platières), ou voir en allant au passage du dérochoir, au delà des chalets de Sales (voir la photo). En hiver, la montée aux Grandes Platières laisse parfois voir les filets de protection et un montage photos à l'arrivée du DMC permet d'imaginer le site en été.
![Fontaine sur la place du bourg [Image : Fontaine sur la place du bourg]](uploaded_img/fontaine.jpg)
La pierre et les frahans Le village porte en ses vieilles pierres sculptées la marque indélébile du talent des «frahans»: Samoëns a formé, pendant des siècles, les meilleurs tailleurs de pierre du pays. Cette confrérie était à ce point réputée que des enfants du village furent appelés sur les grands chantiers de Vauban et Bonaparte. Aujourd'hui encore, Samoëns est un petit bijou à l'atmosphère médiévale qui se découvre au fil des rues étroites; ici, les frahans ont laissé leur empreinte sur les linteaux de porte ou les encadrements de fenêtre, là, ils ont ouvragé le rebord des fontaines (voir photo), dessiné des dentelles de pierre sur les piliers de la halle du XVIe siècle... [texte extrait d'un article de L'Express du 22/11/2004] Les frahans avaient développés entre eux un langage "secret" qui protégeait leurs techniques de travail. Une façon amusante de découvrir cette langue est de passer manger quelques crêpes à "La Fandioleuse", une crêperie du centre du Bourg où chaque spécialité porte comme nom un mot du vocabulaire des frahans...
![Chapelle de Mathonex [Image : Chapelle de Mathonex]](uploaded_img/mathonex.jpg)
Pierres religieuses La taille de la pierre se traduisait donc en remparts sous Vauban et Bonaparte. Elle se manifestait aussi dans son caractère religieux. Le paysage de la vallée du Haut-Giffre est parsemé d'oratoires et de chapelles. Les premiers marquaient les étapes importantes des transhumances, alors que les secondes indiquaient les lieux des principaux établissements humains. On recense officiellement à Samoëns 9 chapelles réparties dans les différents hameaux. La photo nous montre la chapelle de Mathonex, sur le versant Sud, du côté de Verchaix et de la route de Joux-Plane. Elle est remarquable par son bénitier extérieur sculpté en haut relief. Toutes les chapelles partagent la même forme carrée. Par contre, les clochers sont parfois pyramidaux, parfois à bulbes, comme à Chantemerle (voir randonnées).
![Marie Louise Jaÿ [Image : Marie Louise Jaÿ]](uploaded_img/jaymarielouise.jpg)
La petite vendeuse devenue mécène Ce que nous en dit Wikipédia: Marie-Louise Jaÿ est née à Samoëns (Haute-Savoie) en 1838 et morte à Paris en 1925. En 1856, alors qu'elle est employée au magasin La Nouvelle Héloïse, elle rencontre son futur époux, Ernest Cognacq, qui vient de s'y faire embaucher comme vendeur. Elle devient ensuite première vendeuse au rayon confection du magasin Le Bon marché. Elle épouse Ernest Cognacq en 1872 alors qu'il s'est établi à son compte dans un modeste magasin, La Samaritaine, qui connaîtra rapidement le succès et deviendra le grand magasin du même nom. Elle crée dans sa ville natale la Jaÿsinia, jardin botanique alpin ouvert au public, classé jardin remarquable de France.